Jamais corbillard n'avait été suivi avec tant de conviction. Jamais cortège funèbre n'eut cette grandiose lenteur. Les pauses décamétriques étaient autant de stations d'un pèlerinage. Les offrandes aux riches senteurs de ce beau quartier s'amoncelaient sur la maigre dépouille du nain, l'enterrant dans la plus belle provende qu'il ait pu rêver. Aux confins de la zone résidentielle, le camion prit soudain de la vitesse laissant sur place les clochards ahuris.
     - "C'est pas le chemin de la décharge !" éructa Wenceslas tandis que Barbara lâchait un borborygme dépité, que Ahmed, les bras au ciel invoquait Allah avec ardeur et que Yvon amorçait un roulis inquiétant dénonçant le manque d'alcool.
    - "Non ! renseigna Pierre, c'est la route de l'usine : Les ordures de riches, mon vieux, ça s'incinère."
    - "Incinéré, c'est pas mal" approuva Wenceslas avant de tourner les talons vers le premier bistrot qui se présenterait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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